dimanche 8 mars 2020

Olé, épisode Bata rose et lunares

Pour changer, j'ai fait une bata de cola avec des lunares (les ronds de couleur) … première expérience avec les lunares. Je suis parti d'une photo de la danseuse Espagnole Macarena Ramirez faite par Jessica Arneback (dont on peut retrouver le site ici, et plus particulièrement le billet dont est issu la photo). Je les remercie au passage toutes les deux pour leur aimable autorisation.

J'ai commencé comme habituellement par un cadrage pour faire correspondre le format du futur dessin au format du papier (un raisin réduit à 47 cm par 62 cm à cause de la marge du papier). Je suis parti sur un Canson Mi-Touch gris ardoise. C'est une couleur que j'apprécie pas mal car elle fait ressortir par contraste les teintes carnées du visage et des mains.

Pour le cadrage, j'utilise les lignes de forces du dessin qui sont situées au niveau du nombre d'or de chaque dimension. Ainsi, la ligne verticale côté droit située au nombre d'or de la largeur du dessin correspond à l'axe du bras ; la ligne horizontale haute située au nombre d'or de la hauteur passe au niveau de la poitrine en haut de l'espace négatif dessiné par les bras. Le croisement des deux autres lignes est situé un peu en avant des mains et pourrait correspondre à la zone où le regard de la danseuse se focalise. Je ne sais pas si l'effet fonctionne, mais ça me donne un peu l'impression de raconter l'histoire portée par la danse à ce moment-là ...

Je positionne un cadrillage de 10 cm par 10 cm qui me permet de repérer le dessin. J'imprime également la photo à l'échelle du dessin et je reporte le cadrillage sur la photo. Je fais ensuite des "calques" qui sont en fait des rhodoïd transparent au format A4 sur lequel je recopie le dessin avec des feutres. Ceci me permet de reproduire le dessin bien positionné sur le papier en corrigeant au fur et à mesure mon trait par rapport au "calque" … et j'abouti au premier jet du dessin, réalisé au crayon fusain.


Comme je l'ai expérimenté au dessin précédent, je travaille aussi avec la tablette calée en haut du chevalet, en ayant des photos à l'échelle du dessin sous les yeux en continu.

Je vais travailler principalement aux pastels secs Rembrandt et un peu avec des crayons pastels Faber Castell, même si pour ce dessin, leur usage n'a pas été massif.

Premiers jets de pastel. La palette des tons carnées est différente de celle que j'utilise habituellement. Il y a beaucoup plus de rose et de rouge que de terre de sienne ou d'ombre naturelle à cause des conditions d'éclairage lors de la photo, mais également du retour de lumière de la robe.


Peu de détails dans le visage, mais j'affine néanmoins ...


Je place ensuite les cheveux. Ceci permet d'avoir un contrepoint en terme de contraste et d'éviter de partir dans une mauvaise direction chromatique.


Je rajoute les bijous … le bleu tirant vers le turquoise réagit bien avec les tons roses/rouges du visage.


Et c'est parti pour la robe … à ce stade, je suis en pénurie de rose clair … un achat s'impose ! Les lunares sont réalisés avec du pastel noir ou bleu foncé (ou outremer pour les plus clair), retravaillé au fusain naturel, puis de nouveau au pastel dans les tons bleus pour les lunares dans la lumière.


On commence à voir apparaître des nuances de rouge dans les ombres non obscures ...


Et des teintes violettes dans les ombres plus obscures … mais également du bleu super clair (presque blanc) dans des zones très éclairées.


Comme l'espace entre les bras sera fermé, je le colorise à ce stade en orientant le papier de telle sorte que les coulures de pigments ne passent pas sur le dessin déjà fait. On peut noter les coulures en question sur le dessin, verticales au droit de certains lunares noirs, mais également en diagonale ce qui correspondent à la phase où j'ai colorisé l'espace entre les bras et le corps. Je travaille debout, avec le dessin sur un chevalet, d'où ces dégoulinures. C'est pour ça que je commence généralement par le haut du dessin, et comme je suis gaucher, je commence par la partie droite du dessin également.


Après beaucoup de questionnement, j'ai représenté le tulle qui marque le début des volants en utilisant du fusain naturel. Ceci permet de donner une certaine transparence … c'était pas gagné, mais finalement, comme disait Mr Leclerc, ça a super marché. Je commence à utiliser pas mal de nuances de rose, rouge, magenta et violet.


Je poursuis ...



L'avant des volants et moins éclairé que le reste et fait donc apparaître des teintes plus violettes ...


Je pose le fond, toujours au pastel noir et au fusain naturel (qui permet de forcer le pigment dans le relief du papier. Le papier ressemble un peu à du papier de verre, mais pas autant que certains autres papiers pour pastel que j'ai en stock mais que je n'ai pas encore testés). Avant de poser le fond, j'avais fait les liseré noir au niveau des volants (épaule, manche et robe) au crayons pastel noir et bleu, et au crayon fusain.


J'ai changé un peu les réglages de l'appareil photo pour les photos suivantes, sinon, le noir ressortait trop clair … je commence à poser le sol … J'ai choisi de faire une nuance différente à droit (gris verts) et à gauche (bleu outremer) pour donner une certaine dynamique sur le plan horizontal. La zone clair est trop étalée à mon goût et peu cohérente avec un éclairage circulaire vu de manière rasante ...



Et voilà le dessin fini, juste avant le passage au fixatif.


à bientôt ...

jeudi 15 août 2019

Olé, nouvel épisode, la bata multicolore

Nouveau projet, mais toujours dans le thème qui n'est cher. Il s'agit de la danseuse Flamenco Marina Pomares, d'après une photo du photographe Michel Renard (dont on peu voir l'original ici). La photo a été prise lors des répétions d'un tablao à Auch. La particularité de cette bata de cola (la robe à traîne) est le nombre important de volants (13 …) et le fait qu'elle soit multicolore …

Je commence par une recherche du cadrage que je veux obtenir (puisque je travaille sur un format raisin avec une marge de 1.5 cm sur chaque bord, caractéristique du papier Canson mi-teinte Touch). J'essaye de modifier la taille de l'image et son positionnement pour coller au mieux avec les lignes de cadrage classiques situées au nombre d'or des proportions en hauteur et largeur. J'essaye de faire correspondre les lignes de force du dessin avec ces axes pré-positionnés (ici l'axe vertical du corps passe au niveau de la ligne vertical au nombre d'or)


Je pars sur un papier Canson mi-Teinte Touch (comme souvent) format raisin couleur gris ardoise (c'est une couleur que j'aime bien et qui permet de bien faire ressortir la lumière par contraste). Premier jet avec la technique du rhodoïd (des vieilles couvertures transparentes de document) pour caller l'ensemble du dessin. Comme je me connais et que je vais commencer par le haut du dessin (ce qu'on fait souvent en pastel parce que les pigments sont soumis aux dures lois de la nature, y compris la gravité. Si on commence par le bas, les poussières de pigment du reste du dessin du dessus vont dégouliner sur la zone du bas et dégrader le dessin …). Bref, premier jet au crayon fusain, avec au préalable une grille de 10 cm de côté pour caller la photo originale et le dessin. J'ai également imprimé la photo à l'échelle du dessin pour y revenir.



Premier jet de pastel sec (Rembrandt). Je suis allé refaire mon stock de Terre de Sienne !


J'affine aux crayons pastel (Faber Castell). Honnêtement, je pense que j'ai passé 3 heures pour la narine et la bouche ...


On pose les cheveux. Ca permet de vérifier les contrastes avec la carnation. L'éclairage de la scène est (entre autre) rouge, dans des tons très chauds. De ce fait, j'ai très peu utilisé d'ombre naturelle pour le visage comme si ça avait été avec une lumière blanche. Les reflets rouges dans les cheveux rendent très bien de loin, mais quand on a le nez dessus lors du dessin, on a franchement des doutes … On peut aussi noter la traînée de pigment qui descend des cheveux, en lien avec la remarque de "pourquoi je commence à dessiner le haut" ...


Hop, mise en place du bras situé à droite (je suis gaucher alors je commence à dessiner ce qui est à droite pour ne pas me gêner par la suite). La marque qu'on voit sous les frous-frous de la manche correspondent à la position de ma main droite qui me sert de support pour poser ma main gauche pour dessiner. A ce stade, je me rends compte que j'aurais du mal à suivre l'exacte palette de couleur de la photo en ce qui concerne le choix des bleus ...


Je continue avec la partie dans l'ombre … on commence à voir apparaître des violets et des retours de lumière Terre de Sienne (qui correspondent à la lumière reflétée par le parquet qui est en bois)


Suite des ombres … le choix du violet semble bien fonctionner …


Jusqu'à ce que j'attaque la zone éclairée à partir de la taille, le choix du violet pour l'ombre ne me semblait pas complètement acquis, mais finalement, ça marche bien !


Pour le bras du haut, il faut tenir compte de l'éclairage rouge qui arrive directement sur le bras … à ce stade, j'ai fait des choix de couleurs que j'ai eu un peu de mal à assumer dans un premier temps et finalement, comme souvent, dès qu'on prend un peu de recul par rapport au dessin, on se dit que ce n'est pas si mal. Là, j'ai quand même fait côtoyer du rouge vermillon avec du bleu outremer (oui, le bleu outremer, c'est pas forcément foncé … le ciel est globalement bleu outremer)


Je descends un peu … les plis ne sont pas évident à représenter et pour le choix des couleurs, il n'y a pas de solution unique. J'ai repris souvent certains plis et fait apparaître des nuances plus turquoises  à certains endroits. A noter que l'ombre violette au niveau des fesses passe assez mal sur la photo.


J'attaque maintenant la partie coriace … les volants … il y a 9 volants sur l'avant de la robe et 13 sur l'arrière (le volant du haut étant en dentelle avec des petits pompons). Pour les volants dentelle, bleu clair et bleu moyen, le choix des couleurs a été assez simple. Au pire, j'ai mélangé deux couleurs.




Pour les volants bleus foncés, en revanche, ça a été beaucoup plus compliqué. J'utilise du pastel noir et du fusain naturel noir, plus différentes nuances de bleu de Prusse et de gris bleu, plus quelques nuances de violet et de bleu outremer (moyen) pour les parties qui reçoivent l'éclairage rouge … là, la couleur obtenue est plutôt un mélange de 6 ou 7 couleurs …




Pour la dernière série de volants, ceux-ci sont noirs. Mais bon, le noir, ce n'est jamais que du gris très foncé. Ou du bleu très foncé. Ou du rouge très foncé. Je fais un premier jet avec du pastel noir, du fusain naturel et une base de magenta très foncée. Ca donne l'impression de marcher ...


… mais je ne suis pas convaincu. J'ajoute du gris bleu foncé dès le lendemain avec du rouge foncé et du magenta foncé pour les zones de noir plus lumineux. Ca a l'air d'être mieux ! Ca me permettra de jouer sur l'éclairage car les volants noirs sur la partie avant de la robe ne recevant pas l'éclairage rouge, C'est surtout la couleur gris bleu foncé qui transparaîtra.


Le choix a l'air pertinent ...


Je pose ensuite le parquet et le fond (c'est assez rapide en fait de poser du parquet). Pour le fond, je fais tourner le dessin sur la planche pour que les dégoulinures de pigment ne passent pas sur le dessin. Ca n'empêche malheureusement pas quelques agglomérats de pigments noirs de se coller au reste du dessin. Je m'en débarrasse soit en reprenant la zone en question, soit en virant les petits agglomérats à la pointe de cure-dent.



Et voilà le dessin terminé et près à partir être encadré. Il ne me reste qu'à passer le fixatif !


Pour ce dessin, j'ai utilisé un nouvelle méthode qui consiste à utiliser massivement une tablette graphique pour avoir sous le nez en continu la zone que je dessine à l'échelle du dessin. Ca a été très pratique, notamment pour le dessin des volants car comme je le pressentais, le fait de commencé par le haut du dessin a amené tout le bas du dessin à être presque effacé quand j'y suis arrivé. J'ai donc redessiner les volants au fur et à mesure en me basant principalement sur les photos à la même échelle que sur les rhodoïds (qu'on a du mal à utiliser une fois qu'il y a du pigment plein le dessin).

C'est un dessin que j'ai fait assez vite (en gros, en un mois, mais la première semaine, j'ai bossé dessus en continu) ce qui est un changement par rapport aux dessins précédents ...


dimanche 12 mai 2019

Double portrait

Nouveau projet, dans un thème non flamenco, ou du moins pas directement. J'ai décidé de représenter une amie en train de brosser les dents de son fils à partir d'une photo faite par sa fille avec un téléphone portable. Je crois que ça s'appelle "une maternité", mais je ne suis plus trop sûr. Ce sera en tout cas la première fois que je représente deux personnes en interaction proche.

La photo est très belle (c'est ce qui m'a décidé à la reproduire en tableau), mais en contre jour, avec des couleurs un peu désaturée … donc il a fallut que je m'inscrive dans un vaste mouvement de libération de la palette chromatique …

Je vais travailler sur un format plus petit qu'habituellement, c'est à dire un format A3, sur du Canson mi-touch couleur cachou (beige …)

Je ne fais pas de dessin au carreau, mais je travaille directement au rhodoïd pour reporter la photo (imprimée à la taille du tableau final) sur le papier. Je travaille avec un crayon fusain. Même si c'est un peu triché, je me suis rendu compte que la précision de trait qu'on atteint avec cette technique n'est pas suffisante et qu'il faut quand même sans cesse revenir à la photo d'origine.



Premier jet de pastel, toujours au pastels secs Rembrandt.


Pour les cheveux, il s'agit d'un mélange de pastel sec noir et de fusain naturel. En effet, compte tenu de la structure granuleuse du papier, les pigments de pastels n'arrivent pas à rentrer complètement dans les anfractuosités de la structure du papier, alors que le fusain naturel y arrive. J'en profite pour découvrir qu'on ne dit pas "infractuosités" …



Je continue au pastel sel


Et je continue de continuer.


Et j'attaque la robe à rayures. Il faut réussir à donner le volume de la robe juste avec les aspects clairs ou foncés du tissu …


A ce stade, j'ai inversé des plis au niveau de la cuisse … (ce qui devrait être en relief est en creux) … ça sera corrigé par la suite.


Je rajoute les rayures blanches, qui sont ici bleu clair pour la plupart avec des touches de violet. Très peu de blanc est utilisé finalement pour les rayures.


Et hop, on met la texture de l'assise … J'en profite pour placer discrètement quelques nuances d'"ombre naturelle" dans le bas des rayures de la robes, on contact de l'assise. Ce qui donne un peu de vie à l'assise est la présence, dans certains plis, de coloris légèrement orangés ce qui casse l'aspect froid des autres ombres (faites en différentes nuances d'"ombre naturelle"). J'avais déjà expérimenté cette technique ici


… le mur et le rideau. On peut noter que j'ai modifié les couleurs claires des rayures au niveau du dessous de la cuisse pour avoir du reflet jaune du tissu de l'assise qui se noie dans le bleu clair.


On rajoute les fenêtres avec les rideaux vaporeux



Je rajoute ensuite la texture des cheveux, principalement aux crayons fusain Faber-Castell.

Je n'étais pas content du nez de la mère, donc j'ai repris modèle sur mon amie pour voir comment ça devait être, puis j'ai essayé de corriger de mémoire (exercice pas évident, sur une échelle de 4 à 11). J'ai aussi prolongé les zones sombres du fils à droite pour le cadrage final. J'ai aussi très légèrement remonté la partie externe de la paupière inférieure (peut-être de 0.5 mm) mais ça suffit pour rendre le regard plus souriant comme sur la photo d'origine.


Et au final, après quelques petites retouches supplémentaire, ça devrait donner quelque chose comme ça une fois encadré.

(collection particulière)


Et voilà …